Quand tout va bien, un safeword est simple : tu parles, on s’arrête. Sauf que, dès qu’il y a bâillon, bondage, masque, ou juste une respiration courte, la voix devient un outil peu fiable. Et là, la sécurité peut basculer en quelques secondes.
Un safeword non verbal sert à garder une sortie claire, même quand la parole disparaît. L’idée est simple : prévoir, tester, et doubler les signaux, avant de jouer. Parce que le jeu n’est excitant que tant qu’il reste choisi.
Ce guide te propose des codes concrets (couleurs, taps, gestes, objets), des options selon les contraintes (mains prises, lumière faible, neurodivergence), et un plan de secours prêt à l’emploi.
Ce qu’un safeword non verbal doit garantir (et ce qu’il ne doit jamais faire)
Un bon safeword non verbal n’est pas « mignon » ou « élégant ». Il est compréhensible en une seconde. Il marche sous stress. Et il ne laisse pas de place au doute.
Dans les communautés BDSM, la ligne entre consentement et pression reste fine. Elle ne dépend pas des intentions, elle dépend de ce qui se passe, ici et maintenant. C’est pour ça que la négociation ne suffit pas, il faut aussi un système d’arrêt qui fonctionne quand le cerveau est chargé (adrénaline, peur, surprise, subspace, fatigue).
Pense-le comme une ceinture de sécurité. Tu ne la mets pas « si tout se passe bien ». Tu la mets parce que tu ne contrôles pas tout.
Quelques principes qui évitent les erreurs classiques :
- Un signal d’arrêt doit être impossible à confondre avec un mouvement « dans le rôle ».
- Il doit être facile à produire dans la position prévue.
- Il doit être reconnu et répété avant la scène, comme une mini-répétition.
- Il doit exister en au moins deux versions (redondance). Si l’une tombe (crampe, gag trop serré, lumière), l’autre reste.
Règle simple : si tu dois « interpréter », c’est trop tard. Un arrêt doit être automatique, pas une enquête.
Enfin, garde une limite claire : certains jeux augmentent les risques parce qu’ils touchent à la respiration ou à la conscience. La recherche sur la strangulation non fatale dans les contextes de violence montre des dommages possibles, parfois invisibles sur le moment. En pratique, ça veut dire une chose : si quelque chose gêne la respiration, tu joues encore plus prudemment, ou tu renonces.
Codes couleur, taps, objets : choisir des signaux qui marchent vraiment
Les codes couleur restent une base solide, parce qu’ils sont simples et connus : vert (ok), jaune (ralentis), rouge (stop). Quand tu ne peux pas parler, tu peux garder la logique des couleurs, mais tu changes le canal.
Avant le tableau, retiens ça : vise un système principal et un système secours. Et décide qui surveille quoi (dominant, soumis, ou un « spotter » si vous êtes en groupe).
Voici des options fréquentes, selon tes contraintes :
| Situation | Signal « JAUNE » (ralentir) | Signal « ROUGE » (arrêt immédiat) | Avantage principal |
|---|---|---|---|
| Mains libres, pas de bâillon | Main ouverte, paume visible | Main levée, puis immobilisée | Très lisible |
| Mains attachées, jambes libres | 2 taps du pied | 3 taps rapides du pied | Fonctionne sans mains |
| Bâillon léger, sons possibles | 1 grognement bref | 2 grognements brefs et forts | Demande peu d’effort |
| Bâillon plus contraignant | Lâcher un objet tenu (balle, anneau) | Lâcher + secouer la tête | Zéro parole |
| Lumière faible | Carte/jeton fluorescent à lâcher | Lampe « click » ou objet lumineux jeté | Visible dans le noir |
| Neurodivergence, surcharge possible | 1 pression sur la main du partenaire | 2 pressions longues, pause, 2 pressions | Pattern stable |
La meilleure option dépend de votre scène. Par exemple, un « tap out » à la main marche bien, sauf si le rôle inclut des gestes agités. Dans ce cas, préfère un pattern (3 taps rapides) plutôt qu’un geste isolé.
Deux détails font souvent la différence :
D’abord, évite les signaux « trop subtils ». Un clignement unique peut être involontaire. En revanche, 3 clignements lents en série est plus fiable, surtout si vous l’avez répété.
Ensuite, prévois une règle de sécurité : si le dominant perd le signal des yeux (masque, cheveux, position), il doit revenir à une position où le signal redevient observable, ou faire une pause.
Tester avant, négocier clairement : mini-script et checklist rapide
Un safeword non verbal ne s’improvise pas au lit. Il se teste comme un micro-protocole. Deux minutes de test évitent les « j’ai cru que… » après.
Voici un mini-script de négociation (simple, direct, sans jargon) :
Script express (à dire avant la scène)
« Ce soir, on joue avec (bâillon / cordes / menottes). Si tu veux ralentir, tu fais (signal jaune). Si tu veux stop, tu fais (signal rouge). Je m’arrête tout de suite au rouge, et je te détache d’abord, ensuite on parle. Si je ne vois plus ton signal pendant 10 secondes, je fais pause et je te check. »
Adapte-le si vous êtes neurodivergents, anxieux, ou facilement en surcharge. Dans ce cas, garde des phrases courtes, et fixe une consigne : « Si tu hésites, tu passes en rouge. » Ça enlève la pression de « bien faire ».
Avant de commencer, fais une vérification rapide. Elle doit rester légère, mais complète :
- Canal 1 choisi (ex : 3 taps du pied = rouge).
- Canal 2 secours (ex : lâcher un objet = rouge).
- Test réel des signaux dans la position prévue.
- Visibilité confirmée (lumière, angle, masque).
- Accès rapide aux attaches (ciseaux de sécurité pour cordes, clé à portée).
- Règle de pause (ex : check-in toutes les 5 minutes, ou à chaque changement).
- Après-coup prévu (eau, couverture, espace calme, temps de retour).
- Téléphone chargé et adresse connue si besoin d’aide (sans dramatiser, juste prêt).
Redondance minimale : un signal « je stop » + une règle « si je ne réponds pas, tu stop ». Les deux ensemble couvrent beaucoup d’accidents.
Plan de secours : quoi faire quand ça dérape, et quels signaux imposent l’arrêt
Même avec un bon protocole, il peut y avoir un souci : crampe, panique, vertige, dissociation, ou simple « trop ». Les travaux sur l’aftercare montrent que l’après compte autant que le pendant, surtout quand l’intensité monte. Un plan de secours te permet de réagir sans te figer.
Ton plan peut tenir en trois étapes :
- Stop net dès le signal rouge (ou dès un doute sérieux).
- Libérer d’abord ce qui limite le mouvement, la respiration, ou la vision.
- Revenir au contact simple (voix calme, eau, chaleur), puis débriefer plus tard.
Certains signaux imposent l’arrêt immédiat, même si le rôle « dirait » autre chose. Voici des drapeaux rouges faciles à repérer :
- Changement soudain de conscience (absence, regard « vide », réponse impossible).
- Détresse respiratoire, toux persistante, ou incapacité à reprendre un rythme normal.
- Douleur vive « anormale » (piqûre, brûlure, engourdissement qui s’installe).
- Panique, tremblements incontrôlables, pleurs qui ne ressemblent pas au jeu.
- Incapacité à faire le signal habituel, ou confusion marquée.
Si l’un de ces points apparaît, la priorité est la sécurité, puis le soin. Et si tu as le moindre doute médical, tu demandes de l’aide. Un bon cadre BDSM, c’est aussi savoir s’arrêter sans ego.
Conclusion : un safeword non verbal, c’est de la liberté en plus
Quand la parole disparaît, un safeword non verbal rend le consentement plus solide, pas moins. Codes couleur, taps, objets, clignements, tout fonctionne, à condition d’être testé et doublé.
Prépare deux systèmes, répète-les, et garde un plan de secours simple. Ensuite seulement, tu peux te laisser aller au jeu, parce que la sortie reste toujours ouverte. La vraie maîtrise, c’est de mettre la sécurité au-dessus du scénario, à chaque fois.